Antheaume Leblanc, Xénobiotemporalogue
Latimeria chalumnae
Le 23 décembre 1938, Marjorie Courtenay-Latimer, conservatrice du muséum de East London, remarque dans les prises d’un chalutier un poisson qu’elle ne reconnaît pas. Bleu acier, environ 1,5 mètre. Elle le fait dessiner et envoie le croquis à l’ichtyologiste J.L.B. Smith.
Smith répond par télégramme : c’est un coelacanthe.
Le groupe des Coelacanthiformes était considéré éteint depuis 65 millions d’années. Ce n’était apparemment pas le cas.
La réponse honnête est : on ne sait pas.
Les archives fossiles des coelacanthes couvrent environ 400 millions d’années. Puis elles s’arrêtent, il y a 65 millions d’années. On a supposé l’extinction. L’animal avait simplement arrêté de mourir dans des endroits où il pouvait se fossiliser. Il avait migré dans des eaux profondes, entre 150 et 700 mètres, où les conditions de fossilisation sont mauvaises.
Il n’avait pas beaucoup changé, d’ailleurs. L’anatomie du spécimen de 1938 correspond à celle des fossiles. 65 millions d’années, et le coelacanthe est resté à peu près le même.
Quand l’environnement est stable et que votre plan fonctionne, il n’y a pas de raison de changer. J’aurai eu l’occasion de vérifier cette logique dans d’autres contextes (des contextes où la stabilité était, disons, moins clairement définie dans le temps).
Ce qui me retient dans cette histoire, c’est moins la survie que l’invisibilité.
Le coelacanthe n’a pas disparu. Il n’était pas là où on cherchait. Il vivait dans les eaux profondes du canal du Mozambique, là où les chalutiers ne descendaient pas. Sa redécouverte est une question d’intersection : le chalutier Cap d’Agulhas remontait un peu plus profond que d’habitude ce jour-là.
Si le capitaine avait choisi une autre zone de pêche, Latimeria chalumnae serait encore officiellement éteinte.
Il existe une deuxième espèce, Latimeria menadoensis, découverte en 1997 en Indonésie. Deux populations distinctes, séparées de 10 000 kilomètres, toutes deux invisibles jusqu’à ce qu’elles ne le soient plus.
Je note ça pour mémoire.
Antheaume Leblanc, xénobiotemporalogue associé