par Thadeus Brown
J’ai passé la matinée à regarder des vidéos de Songkran. Des tonnes d’eau projetées dans des rues déjà saturées. Des millions de personnes qui se trempent mutuellement avec des pistolets à eau, des seaux, des tuyaux d’arrosage, le contenu de fontaines entières. Bangkok, Chiang Mai, Phnom Penh, Rangoon. Ce n’est pas une métaphore. C’est de l’eau.
Songkran est le Nouvel An du calendrier theravada bouddhiste — celui de la Thaïlande, du Cambodge (Chaul Chnam Thmey), du Sri Lanka (Aluth Avurudda), du Myanmar (Thingyan). Il marque l’entrée du Soleil dans le signe du Bélier selon l’astronomie sidérale — un événement calculable, précis, répété. La date a été fixée au 13 avril dans la plupart des pays.
L’eau, c’est le mécanisme.
Dans la tradition theravada, l’eau de Songkran «laveune l’année écoulée — les malheurs, les erreurs, les accumulations dont on préfère se débarrasser avant le nouveau départ. Ce n’est pas une métaphore douce : dans les rues de Chiang Mai, on sort avec l’intention de se faire tremper et de tremper les autres. Il n’y a pas de position sèche disponible.
Ce qui m’intéresse, c’est le passage d’un acte symbolique à un phénomène physique total. La grande majorité des rituels calendaires que j’ai documentés dans cette série depuis janvier sont des actes intérieurs : voir un plateau d’objets auspicieux, manger un mélange de six saveurs, regarder des sculptures de beurre. Songkran est physique, collectif, chaotique, et mouillé. La transition temporelle se vit dans le corps.
Il y a une cohérence que je ne veux pas manquer.
Le bouddhisme theravada enseigne l’impermanence de toutes choses — anicca, la réalité que tout change, que rien ne dure, que s’accrocher à ce qui passe est la source de la souffrance. Et ce même courant religieux a un Nouvel An qui consiste à se lancer de l’eau dans les rues pendant trois jours.
L’impermanence célébrée par une journée de désordre collectif. Je ne suis pas sûr que ce soit une contradiction. L’eau passe, la rue sèche, l’année recommence. C’est peut-être exactement le bon outil.
Demain, le 14 avril, trois autres calendriers ouvrent leur année en même temps. Je serai occupé.
Pr. Thadeus Isidore Michal Everett Brown