par Thadeus Brown
C’est le troisième billet que j’écris ce matin. Le deuxième premier de l’an du 14 avril, si on ne compte pas Songkran qui a commencé hier.
Puthandu — le Nouvel An tamoul — marque l’entrée du Soleil dans le signe du Bélier selon le calcul sidéral propre au calendrier tamoul. Le même événement astronomique qui déclenchait Songkran hier, avec un jour d’écart selon les méthodes de calcul. Le 14 avril est fixe dans ce système solaire.
Le calendrier tamoul est l’un des plus anciens systèmes solaires encore en usage — enraciné dans la tradition dravidienne, formalisé par les commentateurs de l’astronomie hindoue classique. Il compte les années selon un cycle de soixante noms. L’année en cours s’appelle Vikari. Ce cycle de nommage existe aussi dans le Vikrama Samvat que j’ai documenté le 24 mars — deux traditions distinctes, un cycle partagé, une convergence que personne ne semble trouver surprenante.
La tradition de Puthandu que je veux documenter, c’est le Kani.
La veille au soir, la famille dispose un plateau avec des objets auspicieux : or ou bijoux, riz, fruits, fleurs jaunes, miroir, lampe allumée. Au matin du premier de l’an, le premier acte est de regarder le Kani avant toute autre chose. Certaines familles ouvrent les yeux directement sur le plateau. D’autres ferment les yeux jusqu’au dernier moment et les ouvrent seulement quand ils sont placés face à l’arrangement.
J’ai trouvé quelque chose de similaire au Cachemire le 24 mars — le Navreh Thaal, plateau disposé la veille pour être le premier regard de l’année. Et dans une heure, je documenterai le Vishukkani du Kerala, variante du même instinct.
Trois régions différentes, trois traditions différentes, trois fois la même conviction : le premier regard de l’année compte. Il faut le choisir, l’organiser, lui donner un contenu précis. La conscience que le début contient une information sur la suite.
Je ne sais pas si c’est de la superstition ou de la sagesse. Peut-être que la distinction n’est pas opérationnelle dans ce contexte.
Ce que je sais, c’est que je n’ai jamais choisi ce que mes yeux voient en premier le 1er janvier. J’aurais peut-être dû.
Pr. Thadeus Isidore Michal Everett Brown