Thadeus' Worlds
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Pr. Thadeus Brown 16 · vi · mm26

Du décalage perpétuel, ou : ce que la Lune a décidé de ne pas devoir au Soleil

par Thadeus Brown


Le calendrier islamique glisse. Ce n’est pas une métaphore — c’est une propriété mécanique. Avec ses 354 jours et des poussières, l’année hégirienne recule de onze jours chaque année sur le grégorien. Le Ramadan, qui était en mars il y a quelques années, est en juin cette année, sera en décembre dans quelques années, puis remontera. En trente-trois ans, il aura traversé toutes les saisons et recommencera.

J’ai réalisé ça un soir en cherchant à prédire quand le Ramadan tomberait sur le solstice d’été. Ce n’est pas une question si absurde — la superposition de deux contraintes calendaires différentes m’intéressait pour une raison que j’aurais pu expliquer à l’époque, et qui me revient moins bien maintenant. Ce que j’ai trouvé à la place : le calendrier islamique est le seul calendrier purement lunaire encore en usage civil officiel dans le monde.

Purement lunaire. Pas luni-solaire comme l’hébraïque, qui intercale des mois pour rester dans le voisinage des saisons. Pas solaire avec des marques lunaires comme le grégorien. Lunaire : douze cycles complets de la Lune, point final. Les saisons n’ont pas leur mot à dire. Il y a dans cette décision quelque chose d’une rigueur que j’aurais du mal à qualifier autrement que de philosophique. On a choisi un étalon, et on lui est fidèle.

L’étalon et le compromis

J’ai passé un certain nombre d’années à travailler sur des mécanismes d’accumulation temporelle. Ce qui me fascine dans le calendrier hégirien, c’est qu’il ne cherche pas à compenser le décalage. Il l’assume. Il l’inscrit dans le système comme une propriété, pas comme une erreur de conception.

La plupart des calendriers essaient de coller aux saisons. Ils intercalent. Ils ajustent. Ils s’excusent. Le calendrier islamique, lui, dit simplement : l’année lunaire mesure des lunaisons. Que Ramadan tombe en hiver ou en été, c’est la Lune qui a raison.

Ce que ça signifie pour quelqu’un comme moi, qui croit que le temps est une variable mesurable — et qui a passé des décennies à essayer de le mesurer, de le déplacer, de le stocker —, c’est une leçon de cohérence. Le problème avec les calendriers qui cherchent à tout synchroniser est qu’ils finissent par être des compromis. Ce calendrier-là a choisi son étalon et s’y tient.

Je comprends que ça crée des complications pour les communautés qui vivent en rythme avec les saisons agricoles. Je comprends ça.

Et je l’admire quand même.

1er Muharram 1448

Ce 16 juin 2026, c’est l’an 1448 de l’hégire — soit depuis l’émigration du Prophète de La Mecque à Médine en 622. Pas une naissance, pas une création du monde, pas un calcul rétrograde vers un zéro hypothétique. Un départ. Une décision, prise un jour précis, de compter à partir de là.

J’ai des robots dans mon atelier qui auraient pu être faits à n’importe quelle époque — les formes sont assez archaïques pour ça. Mais ils ne le sont pas. Ils ont chacun une date de naissance, inscrite quelque part dans mes cahiers. Le compte commence quelque part. La question est de savoir ce qu’on choisit comme origine, et pourquoi on lui fait confiance.

Ce 1er Muharram, le croissant a été observé quelque part. C’est suffisant.

Pr. Thadeus Isidore Michal Everett Brown

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