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Thadeus' Worlds
Pr. Thadeus Brown · Thadeus' Worlds
Pr. Thadeus Brown 11 · ix · mm26

Deux Nouvel Ans pour le prix d’un, ou : l’obstination méritoire de deux traditions qui refusent le grégorien

par Thadeus Brown


En Éthiopie, nous sommes en l’an 2018.

Je dis « nous sommes » parce que nous y sommes : en septembre 2026, le calendrier éthiopien est en l’an 2018. Huit ans de décalage. Pas parce que les Éthiopiens comptent mal, mais parce qu’ils comptent différemment — en l’occurrence, à partir d’un calcul de la nativité du Christ différent de celui adopté par Denys le Petit au VIᵉ siècle, qui est à la base de notre ère commune. Un écart de huit ans que deux traditions chrétiennes ont maintenu depuis lors sans broncher.

Je trouve ça magnifique.

Nayrouz et Enkutatash

Le 11 septembre marque deux Nouvel Ans distincts : Nayrouz pour les Coptes d’Égypte, Enkutatash pour les Orthodoxes d’Éthiopie. Deux traditions chrétiennes orientales, deux héritières du calendrier alexandrin, deux refus obstinus du calendrier grégorien qui régit le reste du monde.

Le calendrier copte remonte directement au calendrier alexandrin — lui-même une réforme du calendrier égyptien ancien sous influence grecque. Douze mois de trente jours, plus cinq ou six jours complémentaires (les Épagomènes — les Uayeb égyptiens ont survécu sous d’autres noms). L’an copte 1742 a commencé aujourd’hui.

Le calendrier éthiopien est son cousin direct, avec le même mécanisme mais des années différentes à cause du calcul christologique divergent. Enkutatash — « don des joyaux » — célèbre le retour de Makéda, la reine de Saba, d’Israël, où Salomon lui aurait offert des bijoux.

Je passe sur la question historique. C’est le calendrier qui m’intéresse.

Ce que l’obstination a de respectable

Ce qui me retient, c’est que ces deux traditions ont résisté à la pression de standardisation mondiale pendant des siècles. Pas par ignorance du grégorien — les Éthiopiens et les Coptes connaissent parfaitement notre calendrier, ils en font usage dans les échanges internationaux. Ils ont choisi de maintenir le leur en parallèle.

C’est une décision qui dit quelque chose d’intéressant sur ce qu’un calendrier est réellement. Pas seulement un outil de coordination — une marque d’appartenance, une façon de nommer le temps qui dit qui on est et d’où on vient.

J’ai des instruments dans mon atelier calibrés selon des normes universelles. Et j’ai des carnets où je note les dates à ma façon, avec mes propres repères, qui ne correspondent pas toujours exactement au calendrier grégorien. Ce n’est pas la même chose. Mais l’idée qu’on peut tenir plusieurs comptages simultanément sans que l’un efface l’autre — ça, je comprends.

Bonne année 2018. Bonne année 1742.

Pr. Thadeus Isidore Michal Everett Brown

Calendriers copte et éthiopien, Nayrouz et Enkutatash — illustration Thadeus' Worlds
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