Thadeus' Worlds
Antheaume Leblanc · Thadeus' Worlds
Antheaume Leblanc 11 · v · mm26

La Welwitschia mirabilis

Antheaume Leblanc, Xénobiotemporalogue
Welwitschia mirabilis

Il y a des organismes qui font du temps quelque chose de différent.

La Welwitschia mirabilis pousse dans le désert du Namib, sur une bande de territoire de quelques centaines de kilomètres entre l’Angola et la Namibie. Elle ne pousse pas vraiment ailleurs. Le Namib est l’un des déserts les plus anciens du monde, et la Welwitschia lui ressemble : vieille, résistante, pas pressée du tout.

Elle produit deux feuilles. Exactement deux. Toute sa vie. Elle a décidé de ne pas se disperser. La première fois que j’ai lu ça, j’ai pensé que c’était une simplification de vulgarisation.

Une plante, deux feuilles, deux mille ans

Ces deux feuilles ne meurent pas, elles s’étendent, se déchirent, s’enroulent sur elles-mêmes avec les siècles, mais c’est bien toujours les mêmes feuilles. Une Welwitschia de deux mille ans porte les mêmes organes qu’à sa première année. Ce qui s’accumule, c’est la déchirure, la torsion, l’exposition.

On a daté certains spécimens au carbone 14 à 1500 ou 2000 ans d’âge. Il en existe peut-être de plus vieilles, dans des zones peu explorées. Les chercheurs sont prudents sur les estimations supérieures. La plante n’oblige pas à aller vite.

Ce qui me frappe, c’est moins la longévité que l’économie de moyens. Deux feuilles. Une tige centrale qui ne grandit presque pas en hauteur. Pas de branches. Pas de floraison spectaculaire. La Welwitschia a réduit son existence au minimum viable et a décidé que ce minimum pouvait durer indéfiniment.

Ce que ça ressemble de l’extérieur

De loin, une vieille Welwitschia ressemble à un tas de vieilles courroies en cuir abandonnées sur le sol. La première réaction est de continuer à marcher.

En s’approchant, on a d’abord du mal à croire que c’est vivant, et j’aurai sans doute jamais fini de vérifier que c’est bien le cas. Les feuilles déchirées en lanières par les vents du Namib, la tige presque affleurante, tout ça ressemblait à quelque chose qui aurait survécu à la plante elle-même. Et puis j’ai vu la zone de croissance méristématique à la base, une bande de tissu vert, actif, qui pousse de quelques centimètres par an. Elle était bien là.

Elle attendait. Comme toujours.


Je ne suis pas botaniste. Ce qui m’a retenu, c’est cette bande de tissu méristématique à la base, quelques centimètres de vert actif dans tout ce cuir déchiré. Deux mille ans de ça. J’aurais pu rester là encore un moment.

Antheaume Leblanc, xénobiotemporalogue associé

Planche naturaliste victorienne, Welwitschia mirabilis — spécimen botanique, survie extrême, Thadeus' Worlds
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