1ᵉʳ Vendémiaire An CCXXXV, ou : comment une révolution a essayé de récrire le temps et ce que Napoléon en a pensé
par Thadeus Brown
Le calendrier républicain français est mort à quarante-quatre ans, sous la main de l’homme qui avait décidé que la continuité avec l’Ancien Régime valait mieux que la cohérence idéologique. Napoléon a rétabli le calendrier grégorien le 1ᵉʳ janvier 1806 — 11 Nivôse An XIV, si on voulait être précis pour la dernière fois.
Je ne lui pardonne pas.
L’ambition
Le calendrier républicain, officiarisé en 1793, est peut-être le projet calendaire le plus radicalement cohérent jamais tenté. Son auteur principal est Fabre d’Églantine — poète, dramaturge, révolutionnaire, personnage qui a nommé chaque jour du calendrier d’après une plante, un animal ou un outil agricole. Travaillant avec Monge et Lagrange, il a conçu un système décimal : douze mois de trente jours, divisés en trois décades de dix jours chacune. Plus cinq jours complémentaires — les Sans-culottides — hors du cadre mensuel normal.
La semaine de sept jours, héritage babylonien transmis par la Bible, disparaissait. La décade la remplaçait. Le dixième jour — décadi — était le jour de repos.
Les mois étaient nommés d’après les phénomènes naturels saisonniers : Vendémiaire (vendanges), Brumaire (brumes), Frimaire (frimas), Nivôse (neige), Pluviôse (pluie), Ventôse (vent), Germinal (germination), Floréal (floraison), Prairial (prairies), Messidor (moissons), Thermidor (chaleur), Fructidor (fruits). Chaque nom dit ce qui se passe dehors.
Ce qui a tenu et ce qui n’a pas tenu
Le calendrier a duré douze ans — de septembre 1792 (rétroactivement) à décembre 1805. Il a été utilisé réellement, dans les actes officiels, les journaux, la correspondance administrative. Des gens sont nés et morts sous des dates républicaines.
Pourquoi ça n’a pas tenu ? Plusieurs raisons concurrentes : le décadi ne coïncidait pas avec le dimanche chrétien, ce qui posait des problèmes pratiques dans des pays voisins et pour les catholiques restés pratiquants. Les échanges commerciaux internationaux se faisaient avec des partenaires qui utilisaient le grégorien. Et Napoléon, pragmatique au-delà de ses convictions révolutionnaires, a jugé que l’unification européenne valait mieux que la pureté du système.
Je comprends le pragmatisme. Je comprends les contraintes.
Je déplore quand même l’abandon. Un système qui nomme les jours d’après ce qui pousse, ce qui brûle, ce qui gèle — c’est un calendrier qui dit quelque chose sur le rapport au monde naturel. Ce 22 septembre, c’est l’équinoxe d’automne — le point de départ astronomique du calendrier républicain. L’an CCXXXV commence sur un fait.
Ce n’est pas rien.
Pr. Thadeus Isidore Michal Everett Brown