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Pr. Thadeus Brown 14 · iv · mm26

Premiers de l’an — Vishu, ou le quatrième premier de l’an du même matin

par Thadeus Brown


C’est le quatrième billet que j’écris aujourd’hui. Je suis épuisé, et je trouve ça magnifique.

Vishu est le Nouvel An du Kerala, selon le calendrier malayalam — calendrier solaire de l’ère Kollam, qui commence en 825 de notre ère, date fondatrice du royaume de Quilon sur la côte de Malabar. Nous sommes en l’an 1201.

Vishu tombe quand le Soleil entre dans le signe du Bélier selon l’astronomie sidérale kéralite. Le même événement astronomique que Songkran (hier, 13 avril), que Puthandu (ce matin, 14 avril). Trois traditions calendaires, trois méthodes de calcul, la même étoile.

Les yeux fermés

La pièce centrale de Vishu, c’est le Vishukkani.

Quelqu’un se lève avant l’aube — souvent la personne la plus âgée de la maison — pour disposer un arrangement d’objets auspicieux dans une pièce sombre. Des fleurs de konna (cassia fistula, une fleur d’un jaune d’or vif qui ne fleurit qu’autour de Vishu — le calendrier et la botanique se sont accordés sur cette date depuis des siècles), du riz, une noix de coco entière, des concombres, un citron, des pièces de monnaie, un miroir, une lampe allumée.

Puis cette personne va réveiller chaque membre de la famille, un par un, et les guide les yeux fermés jusqu’au Vishukkani. Les yeux s’ouvrent sur l’arrangement. C’est le premier regard de l’année.

Troisième fois que je documente cet instinct : le 24 mars au Cachemire (Navreh Thaal, les objets vus au réveil), ce matin au Tamil Nadu (Kani, le plateau disposé la veille), et maintenant au Kerala, où quelqu’un prend la main de chaque membre de la famille dans le noir et les conduit vers ce qu’ils sont autorisés à voir.

La convergence n’est pas une coïncidence. C’est une réponse indépendante à la même question : comment marquer le début de l’année d’une façon qui ne soit pas simplement administrative ? La réponse, dans trois traditions géographiquement et culturellement distinctes, est identique : en contrôlant le premier regard. En décidant ce que les yeux verront quand l’année commence.

Ce que ça dit

Je construis des instruments de mesure depuis des années. Il ne m’était jamais venu à l’idée de me demander ce que le premier contact entre l’instrument et ce qu’il mesure dit de la suite.

Les gens du Kerala le savent depuis le IXe siècle.

Ce soir, j’ai documenté treize premiers de l’an depuis le 1er janvier. Le 14 avril en comptait quatre — Songkran, Pohela Boishakh, Puthandu, et Vishu. Treize entrées d’année, treize façons d’ouvrir le temps.

Je ne sais pas encore ce que ça signifie. Mais l’année n’est pas finie.

Pr. Thadeus Isidore Michal Everett Brown

Illustration naturaliste victorienne, Vishu — premier de l'an Kerala hindou, Thadeus' Worlds
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