Deinococcus radiodurans
Antheaume Leblanc, Xénobiotemporalogue
Deinococcus radiodurans
10 000 grays.
C’est la dose de radiation ionisante que Deinococcus radiodurans absorbe sans mourir. Pour référence, 5 grays tuent un être humain en quelques jours. 10 000 grays fragmentent l’ADN de n’importe quel autre organisme connu en morceaux inutilisables. Deinococcus les répare. En quelques heures. Avec une précision qui n’est pas encore entièrement comprise.
On l’a trouvé dans des réacteurs nucléaires et dans les conserves de viande irradiées. 1956, on essayait de stériliser de la nourriture en boîte. La boîte est restée contaminée. La bactérie avait survécu à ce qui était supposé tout tuer. Ce n’est pas la façon la plus héroïque d’être découverte, mais elle ne semble pas s’en préoccuper.
Ce que je retiens, c’est moins la résistance que la méthode. Son ADN est bien fragmenté par la radiation. Le mécanisme ne l’empêche pas. Ce qu’elle fait, c’est rassembler les morceaux. Elle maintient plusieurs copies du génome en parallèle, compare, reconstruit. Une architecture de redondance que l’ingénierie n’a commencé à comprendre que récemment.
L’environnement qu’elle préfère n’est pas radioactif, d’ailleurs. Elle pousse très bien dans des conditions ordinaires. La résistance n’est probablement pas une adaptation à la radioactivité. C’est le produit secondaire d’une adaptation à la dessiccation. Perdre toute son eau, c’est subir des dommages ADN similaires. Elle avait déjà développé l’outil avant que la question se pose.
J’aurai eu l’occasion de vérifier cette logique (la redondance comme réponse structurelle à l’imprévisible) dans des contextes où les termes « radioactivité » et « conditions ordinaires » n’avaient plus de frontière très nette. Mais c’est une autre conversation.
Antheaume Leblanc