Un scarabée qu’on pilote
par Ada-Rose Germain
Ada-Rose Germain, bioinformatique et biologie computationnelle
Biobotique — implants en phase de nymphe
Un programme de recherche militaire américain a financé, il y a plusieurs années déjà, l’implantation d’électrodes dans des scarabées encore au stade de nymphe — avant leur métamorphose complète. Les tissus se développent ensuite autour de l’implant, l’intégrant comme une structure du corps plutôt que comme un corps étranger toléré. À l’âge adulte, l’insecte porte, sans le savoir, un système de stimulation capable de déclencher le vol, d’orienter la trajectoire, ou de le poser au sol, sur commande radio.
Le scarabée reste un scarabée. Il vole avec ses propres muscles, sur son propre métabolisme, avec l’efficacité que des millions d’années ont réglée bien mieux qu’un moteur miniature ne le ferait. On ne pilote pas un mécanisme. On suggère une direction à un système qui sait déjà voler, et qui obéit à peu près.
Ce que « à peu près » recouvre
Les signaux de stimulation influencent le comportement, ils ne le remplacent pas entièrement — l’insecte garde une marge d’initiative que les rapports décrivent poliment comme une variabilité de réponse, et que je décrirais, moins poliment, comme le scarabée qui fait ce qu’il veut une partie du temps.
C’est là, à mon avis, le vrai résultat de l’expérience, plus que le pilotage lui-même : la preuve qu’on peut se brancher sur un système nerveux d’insecte sans avoir à comprendre ce système dans son intégralité. On propose une entrée. Le reste continue de fonctionner comme avant, sans qu’on ait eu besoin d’y toucher.
Ce que je note
Un instrument que je ne comprends qu’en partie et qui continue quand même à fonctionner correctement, ça me rappelle quelque chose. Je ne développerai pas davantage.
Ada-Rose Germain, bioinformatique et biologie computationnelle