Le poulpe mimique
Antheaume Leblanc, Xénobiotemporalogue
Thaumoctopus mimicus
Découvert en Indonésie en 1998. Officiellement.
Le poulpe mimique imite. Ça, les céphalopodes le font en général : changement de couleur, de texture, de forme. Ce qui distingue Thaumoctopus mimicus, c’est la précision comportementale. Il n’imite pas une apparence : il imite un mouvement, une dynamique, une façon d’être dans l’eau. Poisson-lion déployé. Sole aplatie sur le fond. Il choisit son imitation en fonction du prédateur qui approche, ce qui suppose une évaluation, une reconnaissance, une décision dans un cerveau réparti sur neuf lobes dont huit sont dans ses bras.
Vingt espèces documentées. Probablement plus.
La question qu’on me pose toujours : est-ce de l’intelligence ou de l’instinct ? Je trouve la distinction moins intéressante que ce qu’elle prétend clarifier. Ce qui m’intéresse, c’est la vitesse. Le temps entre la perception du prédateur et l’adoption de la posture correcte est de l’ordre de quelques secondes. Dans cet intervalle, il s’est passé quelque chose de non trivial.
J’en ai observé un en action dans les eaux peu profondes au large de Sulawesi, à une heure où les couleurs commencent à se saturer sous l’effet de la lumière rasante. Je n’aurais pas dû être là à cet endroit-là à ce moment-là, selon toute chronologie raisonnable. Mais ça arrive. Il mimait un poisson-lion. La ressemblance était suffisante pour que je marque un temps d’arrêt avant de comprendre ce que je regardais.
Ce qui m’a frappé : il n’était pas en train de me tromper. Il trompait quelque chose derrière moi.
Prudence ou intelligence. La distinction s’effondre quand on observe la chose de trop près. Ce qu’il fait fonctionne. C’est peut-être ce qui compte.
Antheaume Leblanc