Thadeus' Worlds
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Premiers de l’an — Losar, ou ce que les moines fabriquent dans le beurre pour le détruire

par Thadeus Brown


Il neige sur Lhassa, si les cartes météo sont exactes. Ce matin — ou dans les jours qui viennent, selon les monastères, le comput tibétain n’est pas à un jour près — commence Losar.

Losar (ལོ་གསར་) : «nouvel an» en tibétain, sans détour. Premier de l’an d’un calendrier lunisolaire hérité en partie de la tradition astronomique indienne, en partie du calendrier lunaire chinois, puis développé de manière autonome au fil des siècles. Nous entrons dans l’année du Cheval de Feu.

La proximité avec le Chūnjé d’il y a onze jours n’est pas fortuite. Ces deux traditions partagent un ancêtre commun et ont divergé. Losar tombe généralement un mois après le Nouvel An chinois — cette année, onze jours. Deux calendriers qui comptent depuis le même ciel, mais pas depuis le même point d’observation.

Ce qu’on fabrique pour détruire

La préparation de Losar commence des semaines avant. Les maisons sont nettoyées — pour chasser les esprits de l’année écoulée, dit la tradition. Des pâtisseries spécifiques sont préparées : le kapse, une friture qui ne se fait qu’à cette occasion. Et dans les monastères, les moines fabriquent des sculptures de beurre.

Des tormas. Constructions élaborées en beurre coloré, parfois hautes de plusieurs mètres, représentant des divinités, des mantras, des cosmologies. Des semaines de travail collectif. Une précision minutieuse. Une beauté réelle.

Au terme des célébrations, elles sont détruites.

Je ne peux pas penser à ça sans penser à mon propre travail. Une grande partie de ce que je construis a une durée de vie prévue — des appareils conçus pour opérer dans des conditions précises, puis être démontés. Mais je ne les démonte pas rituellement. Je ne les détruis pas à la date prévue. Je les laisse vieillir dans un coin de l’atelier jusqu’à ce qu’ils ne fonctionnent plus.

Les moines, eux, prévoient la destruction dans le plan de construction. Ils n’oublient pas la fin — ils l’organisent.

C’est une position philosophique sur le temps que je n’ai pas encore résolue. La durée comme partie intégrante de l’objet, et non comme accident qui lui arrive.

L’année du Cheval de Feu, deuxième fois

L’an du Cheval de Feu revient tous les soixante ans dans le cycle tibétain. La dernière fois, c’était 1966. Je l’ai noté il y a onze jours en parlant du calendrier chinois. La coïncidence vaut la peine d’être répétée — les deux traditions arrivent au même animal, au même élément, la même année.

Le Cheval de Feu est considéré, dans les deux traditions, comme une année de bouleversements.

1966. Je ne développe pas.

Ce matin, à Lhassa, à Dharamsala, dans les monastères de quarante pays, les sculptures de beurre attendent leur moment. Quelqu’un travaille depuis des semaines sur quelque chose qu’il va détruire dans quelques jours. Il le sait depuis le début.

J’aurais du mal.

Pr. Thadeus Isidore Michal Everett Brown

Illustration naturaliste victorienne, Losar — roue astronomique tibétaine, calendrier bouddhiste, Thadeus' Worlds
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