par Thadeus Brown
En 1957, le gouvernement indien a réuni une commission. Mission : créer un calendrier national. L’Inde venait d’avoir dix ans d’indépendance, parlait des centaines de langues, pratiquait des dizaines de traditions calendaires différentes, et avait besoin d’un système unifié pour ses journaux officiels, ses bulletins météo, sa Gazette gouvernementale.
La commission était présidée par Meghnad Saha — astrophysicien, membre du Parlement, homme qui avait passé sa vie à mesurer les étoiles. Le résultat s’appelle le calendrier national indien, ou calendrier Shaka.
Chaitra 1 de l’an 1948. Ce matin.
Le calendrier Shaka est solaire, basé sur les positions astronomiques réelles du Soleil. Son premier mois, Chaitra, commence le lendemain de l’équinoxe de printemps : le 22 mars, fixe, calculable, reproductible. Il est officiellement utilisé pour All India Radio, pour la Gazette of India, pour les communications du gouvernement fédéral.
La plupart des Indiens ne l’utilisent pas pour leur vie quotidienne. Ils utilisent le grégorien pour le travail, et leur calendrier régional traditionnel — Vikrama, Bengali, Tamil, Malayalam, selon l’État — pour les fêtes.
Le Shaka occupe une case précise : celle des obligations administratives d’un État qui avait besoin d’une cohérence sans pouvoir effacer la diversité. Ce n’est pas un compromis raté. C’est une solution honnête.
L’ère Shaka commence en 78 de notre ère, associée à l’ascension d’un roi Saka — un roi indo-scythe dont l’identité exacte fait encore débat parmi les historiens. Ce n’est pas une fondation mythologique. Ce n’est pas la naissance d’un prophète. C’est une date historique dont l’origine est partiellement obscure.
Je trouve ça rassurant. Tous les calendriers n’ont pas besoin de commencer à la création du monde. Certains commencent quand quelqu’un d’important est monté sur un trône, et l’important a fini par être oublié, mais la date est restée. Le comput continue sans avoir besoin de se souvenir de son fondateur.
La charpente tient même quand on ne connaît plus ceux qui l’ont posée.
Je veux finir sur lui, parce que c’est rare : un homme qui passe sa carrière à calculer le spectre des étoiles, qui entre au Parlement, et qui préside une commission pour inventer le calendrier d’un pays de quatre cents millions de personnes.
Il aurait pu faire une chose ou l’autre. Il a fait les trois.
Ce matin, l’an 1948 Shaka s’ouvre dans les colonnes de la Gazette of India et dans un nombre indéterminé de consciences. Meghnad Saha est mort en 1956, un an avant que sa commission rende ses conclusions.
Il n’a pas vu le calendrier entrer en vigueur. Mais le calendrier est là.
Pr. Thadeus Isidore Michal Everett Brown