Thadeus' Worlds
Antheaume Leblanc · Thadeus' Worlds
Antheaume Leblanc 13 · vii · mm26

La méduse immortelle

Antheaume Leblanc, Xénobiotemporalogue
Turritopsis dohrnii

Il y a quelque chose d’agaçant dans le fait que la seule créature connue à maîtriser la résurrection biologique fasse moins d’un centimètre.

Turritopsis dohrnii est une méduse. Ordinaire en apparence, translucide, quelques tentacules, le genre de chose qu’on ne remarque pas dans une colonne d’eau. Mais dans des conditions défavorables, ou simplement parce qu’elle en a décidé ainsi, elle revient à l’état juvénile. Après avoir atteint la maturité sexuelle. En boucle, si nécessaire.

Le mécanisme s’appelle transdifférenciation. Les cellules spécialisées (différenciées, donc en principe irréversibles) régressent vers un état indifférencié et se réorganisent en polype. L’organisme repart de zéro. Pas une métaphore : biologiquement, il a recommencé. Il peut recommencer indéfiniment.

Ce que je ne comprends pas (et j’ai eu le temps d’y réfléchir) c’est l’absence de dominance. Une créature potentiellement immortelle, capable de se reproduire et de se rajeunir à volonté, devrait logiquement être partout. Elle est présente dans beaucoup de mers tropicales et tempérées, mais pas dominante. Les hypothèses habituelles s’appliquent : prédation, compétition, stress environnemental localisé. Ça ne me satisfait pas entièrement.

Le plus fascinant : on ne sait pas si elle choisit de se rajeunir ou si c’est une réponse automatique au stress. La question de l’agentivité se pose sérieusement pour un organisme sans système nerveux centralisé. Elle réinitialise. Est-ce que recommencer est encore une décision quand le mécanisme est inscrit dans chaque cellule. Je laisse la question ouverte, faute de mieux.

Je me souviendrai peut-être un jour d’avoir trouvé la réponse à la question de dominance. Pour l’instant, je ne l’ai pas.

Antheaume Leblanc

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