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Thadeus' Worlds
Ada-Rose · Thadeus' Worlds
Ada-Rose 17 · vii · mm26

La mousse qui calcule

par Ada-Rose Germain


Ada-Rose Germain, bioinformatique et biologie computationnelle
Brachythecium rutabulum

Une équipe a posé des électrodes sur une touffe de mousse pendant cent soixante-dix-huit heures et en a tiré cinq millions de mesures. Le résultat tient en une phrase : la mousse a une activité électrique, elle ne se contente pas d’être verte et immobile sur un mur.

Trois régimes coexistent dans ce signal. Des impulsions rapides, de l’ordre de la seconde. Des oscillations moyennes, sur plusieurs minutes. Des dérives lentes, étalées sur des heures. Aucun de ces rythmes n’explique les deux autres — ils se superposent, sans hiérarchie apparente, comme si la plante tenait plusieurs conversations à la fois sans jamais les mélanger.

Ce qui circule

L’activité ne reste pas sur place. Entre deux électrodes espacées de deux centimètres, un signal met plusieurs dizaines de secondes à passer de l’une à l’autre — trop lent pour un courant électrique ordinaire, trop régulier pour être du bruit. Quelque chose se déplace, dans la mousse, à une vitesse qu’on peut mesurer et reproduire.

Les deux électrodes qui se répondent le plus fidèlement, dans tout le jeu de données, portent les numéros 13 et 14. Je les ai rebaptisées Cambridge et Londres, en souvenir de mes deux villes de formation, qui à ma connaissance ne se sont jamais aussi bien parlé.

Les auteurs de l’étude en tirent une hypothèse prudente : la mousse pourrait servir de support de calcul biologique — un matériau vivant capable d’enregistrer et de propager de l’information, sans transistor, sans alimentation autre que l’humidité ambiante. Une façade végétale, pas seulement décorative : un capteur distribué qui pousse, et qui tient mieux la conversation que deux universités.

Ce que je note

Je modélise des données depuis assez longtemps pour reconnaître un système qui résiste à la case « vivant » ou « instrument » sans se ranger clairement dans l’une ou l’autre. Une mousse n’a pas de neurones. Elle a, apparemment, quelque chose qui y ressemble d’assez près pour qu’on hésite à trancher.

Je ne sais pas encore où la classer dans mon registre. Ni tout à fait biologique, ni tout à fait un instrument. Je laisse la case vide pour l’instant — j’ai déjà la pièce 7B qui occupe ce statut, je peux bien lui faire de la place à côté.


Ada-Rose Germain, bioinformatique et biologie computationnelle

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